burn-out militant

Burn-out militant et retour aux sources

12/04/2021

Burn-out militant. Est-ce que je suis légitime à donner cette appellation à mon mal-être ? J’en sais trop rien. Mais le fait est qu’après une année à baigner – virtuellement – dans les milieux militants je n’en peux plus. Je ne peux plus supporter ce flux constants d’informations. Je ne peux plus supporter d’être submergée par les oppressions des uns et des autres et par celles que je vis qui remontent sans cesse au fil de mon apprentissage. Je n’en plus de la pureté militante. Je n’en plus des actualités et de la pression (que je me mets seule) à devoir y réagir constamment. Et je n’en peux plus de voir que rien ne change ou pire, que tout se dégrade. Je crois que oui, c’est définitivement un burn-out militant. 

J’ai toujours détester les injustices et j’ai toujours eu un esprit critique. Quand j’ai découvert les contenus militants sur Instagram, je me souviens de combien j’ai été épatée par tout ce que j’avais à apprendre. Et surtout comme tous ces faits énoncés résonnaient en moins. Alors je me suis instruite, je me suis déconstruite et forte de ces nouvelles connaissances, il était impensable pour moi de ne pas partager mes réflexions et tout ce qui découlait ce cheminement. Parce que mine de rien c’est ce que je fais depuis 2014 sur les internets : je partage ce que j’apprends à ma communauté afin que nous évoluions ensemble.

En tant que femme racisée, je suis à l’intersection de différentes luttes : l’écologie, mon engagement premier, l’antiracisme et le féminisme. Et parce que j’aime apprendre et comprendre, je me suis gargarisée de contenus, de livres, de podcasts, de documentaires sur tous ces sujets. Parce que je suis comme ça moi, quand quelque chose me passionne j’y vais à fond. Et parce tout est lié j’ai créé du contenu tantôt sur une thématique, tantôt sur l’autre et parfois sur le croisement de plusieurs d’entre elles. J’ai été happée par ces luttes et par ma volonté d’alerter, de vous aider à vous déconstruire, à vous engager. Et dans ce tourbillon, je me suis perdue.

Je suis arrivée à bout. Être confrontée à tout ce qui ne va pas à tous les niveaux, c’est énergivore, c’est déprimant et je n’arrive plus à maîtriser ma colère. Cette colère qui est mon catalyseur est devenu un état physique et mental constant et je n’ai pas envie de ça. J’ai besoin de reprendre mon souffle. Tout ceci m’a poussé à me couper (probablement pendant un petit moment) de l’actualité militante. J’ai arrêté de suivre ou mis en sourdine des comptes qui m’ont beaucoup apporté, qui sont absolument essentiels et qui font un travail remarquable parce que je n’arrivais plus à accueillir la réalité crue, révoltée et révoltante. J’avais besoin d’une pause pour respirer, pour ma santé mentale, pour me recentrer. Parce qu’avec cette impression persistante de m’enfoncer toujours au plus profond, je me suis perdue.

On vit une période tellement compliquée. Coupé-e-s de nos interactions sociales dans la « vraie vie » on se rabat sur les réseaux sociaux. Mon temps d’écran explose depuis un an et ma consommation de contenu n’a presque plus rien de léger. Et en ce qui concerne ma propre création, chacun des posts (que je veux le plus pédagogique et complet possible) nécessite de me plonger dans des lectures, des témoignages, des vidéos qui finissent par avoir un impact sur mon bien-être. Je suis triste, fataliste parfois, constamment en colère, je me sens impuissante souvent. Noyée dans toutes ces luttes, dans ces actualités, dans ces émotions, dans ma volonté de faire au mieux, je me suis perdue.

Alors j’ai décidé d’arrêter. D’arrêter de vouloir être de toutes les luttes parce que je ne peux plus continuer ainsi. J’ai décidé de retrouver un équilibre parce que j’ai aussi besoin de légèreté. Parler de cosmétiques sans culpabilité me manque. Alors je vais revenir à mon sujet de prédilection et me concentrer dessus : l’écologie et la justice climatique. Et parce qu’il n’y a pas de justice climatique sans justice sociale, je ferai des ponts. Aussi j’ai compris que je pouvais faire ma part en relayant simplement, sans subir sur mes épaules le poids de toutes les oppressions et l’injonction (que je me fais seule) à devoir leur accorder de l’énergie à toutes. J’ai compris que cette énergie, je pouvais la déployer en me concentrant sur une lutte en particulier pour la porter plus loin, à mon humble échelle. Et enfin j’ai compris que j’avais aussi le droit de parler d’autre chose. Que le monde n’allait pas s’écrouler et que je ne trahissais pas ma cause si je parlais beauté, lifestyle ou mode éthique. Que je ne suis pas ridicule parce que je le fais, que je ne suis pas une imposture et que je ne vaux pas moins que les autres*.

*vous savez qui sont ces autres pas vrai ?

Je n’ai pas envie d’être une allumette. Incandescente, elle brûle, peut allumer un feu à elle seule mais se consume, vite et fort. Je ne veux pas qu’il ne reste de moi qu’un cadavre calciné. Je veux être une étincelle ou peut être un combustible. J’aime bien l’idée d’entretenir le feu, que grâce à moi il ne s’éteint pas et que je fais ma part. Oui j’aime bien cette idée. Alors je vais continuer à faire ce que je fais de mieux : écrire, vulgariser, discuter, relayer. Mais je ne me laisserai plus être happée, je ne veux plus laisser le tourbillon m’approcher, je ne veux plus m’enfoncer, je ne veux plus me perdre. Je me donne la permission de prendre soin de moi, de faire des pauses. D’être plus indulgente envers moi-même. De reprendre goût à une des choses que j’aime le plus au monde : mon métier de créatrice de contenus. De parler de sujets plus « futiles » sans avoir l’impression que le monde va s’écrouler et de parler de sujets plus engagé sans avoir peur de bousculer. De changer d’avis aussi et un jour peut-être changer de « ligne édito », si j’ai envie. Mais je crois qu’après des semaines à réfléchir et à en parler à mes proches, je me sens enfin alignée et en paix. Et j’espère que vous continuerez à être à mes côtés ici et sur Instagram.

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