heritage colonial de la fast fashion mode éthique

L’héritage coloniale de la fast-fashion et la mode éthique

07/01/2021

Bien que je sois au fait des problématiques de l’industrie de la mode depuis des années, je viens de faire un constat assez édifiant. Si dans les communications qui épinglent les problèmes liés à la fast-fashion on parle souvent des impacts environnementaux et sociétaux (conditions de travail, salaires) je n’ai jamais lu quoi que ce soit au sujet du racisme qui est l’un des principes fondateurs de cette industrie. Oui, la mode détruit la planète, oui les ouvrier.e.s sont extrêmement mal payé.e.s mais si tout ceci est possible, c’est parce que la mode est raciste. Dans cet article nous allons analyser l’héritage coloniale de la fast fashion (sur quoi celui-ci se base) et si la mode éthique est une solution.

Les récentes prises de conscience ont permis de mettre en évidence de nombreux faits inhérents au racisme dans le monde de la mode : le manque criant de représentation sur les podiums (même si cela tend à s’améliorer) et dans les campagnes publicitaires, les équipes quasi-exclusivement composées de personnes blanches, l’utilisation très fréquente de l’appropriation culturelle, la culture raciste des entreprises, la fétichisation des corps racisés ou encore la valorisation des standards de beauté blancs. Il me semble important de préciser que ces problématiques touchent autant la fast-fashion que la mode éthique. Mais tout ceci n’est toutefois que la face visible d’un problème qui est profondément ancré.

Si les arguments en faveur de salaires décents et de conditions de travail sécuritaires pour les ouvrier.e.s du textile sont tout à fait légitimes, très peu de personnes engagées pour une mode plus éthique remettent en question l’impérialisme occidental et la colonisation européenne desquels découlent ces situations. En effet, les pays qui fabriquent nos vêtements sont tous (ou presque ?) d’anciennes colonies. Et s’il y a bien une industrie qui reproduit les rapports de domination quasi à l’identique de ce qu’ils étaient à l’époque c’est bien celle de la mode. Le modèle économique de la fast-fashion est hérité de celui des colonies et de l’esclavage.

Ces modèles ayant laissé les pays du Sud dans une situation de fragilité économique extrême, les mettent dans une position de dépendance. Et c’est dans ce contexte qu’arrive la fast-fashion. Les marques de mode – détenues majoritairement par des hommes blancs – esclavagisent des populations autochtones dans le but de les exploiter et de faire un maximum de profit. Comme les pays colonisateurs l’ont fait avant elles. Elles profitent de la vulnérabilité économique et se permettent de mettre en place des conditions de travail que tout le monde s’accorde à qualifier d’esclavage moderne. Aussi, est-il important de comprendre que si la fast-fashion pollue sans aucune gêne, c’est bien parce qu’elle est dans une posture de racisme environnemental : les terres et l’eau qu’elle pollue sont ceux des pays du Sud. Elle s’octroie le droit de bafouer l’environnement, la santé, la dignité des populations autochtones pour notre confort. Pour répondre à la demande exponentielle de vêtements de moins en moins chers des occidentaux. Et c’est pour toutes ces raisons qu’il est nécessaire de situer ke problème de la fast-fashion dans sa globalité. Qu’il est primordial d comprendre que la mode est une  digne héritière de l’économie coloniale et de ce fait, entretient un système raciste et impérialiste. Mais quid de la mode éthique ?

La mode éthique est-elle vraiment une solution ? Je vais être transparente : je n’ai pas de réponse concrète. L’apparition de marque de mode éthique semble masquer le problème du racisme comme étant le socle de cette industrie. Un vêtement plus durable ou produit dans le cadre du commerce équitable ne va pas lutter contre la domination des pays du Sud. D’autant plus que la complexité de notre système économique mondialisé ne garantit presque jamais la traçabilité de tous les composants qui font le vêtement final. Et je sais les efforts que font les marques éthiques pour s’assurer de cette traçabilité, ce sont des chantiers titanesques qui aboutissent souvent à des prix « justes » mais inaccessibles. Et sans traçabilité sur toute la ligne, on ne peut pas se targuer d’être éthique en tant que marque et en tant que consommateur.  Si le moindre soupçon subsiste nous sommes les parties prenantes d’un système raciste.

Et puis, la mode éthique n’est pas en reste non plus côté racisme : manque d’inclusivité et de représentation, archétype de la femme blanche parisienne CSP+ absolument partout et parfois complexe du white savior (sauveur blanc). Trop souvent, je constate que les seules photos de personnes racisées sont celles qui mettent en scène les partenaires/employé.e.s à l’autre bout du monde ou les bénéficiaires des dons associatifs que nos achats financent. Une communication qui flatte l’égo de celui/celle qui s’inscrit dans une démarche dite éthique puisqu’après tout, qui n’aime pas montrer qu’il est quelqu’un de bien ?

Mais dans le fond, la problématique reste la même : la domination occidentale sur des populations racisés et la recherche du profit (même équitable) dans un cadre économique avantageux. Les marques de mode éthique recherchent-elles à changer les choses à leur racine, à mettre fin à l’exploitation ou profitent-elles de façon plus raisonnée et raisonnable d’un système oppressif ? Je grossis – un peu – le trait afin que nous nous posions la question et je ne sais pas, aujourd’hui, y répondre.

Quel est donc le modèle vers lequel nous devons tous.tes nous diriger ? On ne peut pas boycotter toute production venant de ces pays, leur tourner le dos détruirait l’économie, déjà fragile, de ces pays. À titre d’exemple, le textile représente 80% des exportations du Bangladesh. Choisir la mode éthique (si on a les moyens) est déjà un choix politique important. Contribuer à payer ces ouvrier.e.s décemment et leur offrir des conditions de travail digne, c’est la base.

Mais la durabilité et l’éthique d’un vêtement, ne sont en réalité que des préoccupations de surface (bien que nécessaires aujourd’hui). Nous devons aller plus loin en décolonisant la mode. Décolonisons nos imaginaires en tant que marque de mode éthique mais aussi en tant que consommateurs. Sortons des schéma tracés qui en entretiennent les relations Nords/dominants – Sud/dominés. Arrêtons l’infantilisation et l’utilisation (in)consciente de ces êtres humains. Aidons à créer des économies résiliantes basées sur des relations égalitaires.

“If you’re not dealing with the reason why things are going wrong—if the soil you’re trying to grow these grassroots in is racist—then nothing is going to grow. That’s dirt, not soil.”* – J. Drew Lanham

*« Si vous ne faites pas face aux raisons pour lesquelles les choses vont mal – si le terreau dans lequel vous tentez de faire prendre vos racines est raciste – alors ne poussera. C’est de la boue, pas du terreau. »

Pour aller plus loin : 

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