appropriation culturelle

L’appropriation culturelle ou comment les enseignes de mass-market menacent des savoir-faire ancestraux

24/01/2018

A l’heure où les soldes envahissent nos rues et nos boites mails, je voulais vous parler d’un sujet la fois complexe et important : l’appropriation culturelle. Ces dernières années pas mal de bad buzz autour de l’appropriation culturelle ont eu lieu sur internet. La première fois que j’ai vu ce terme, c’était lors d’une histoire qui mêlait la communauté afro-américaine et les sœurs Kardashian. Il y a quelques années, Instagram s’est littéralement embrasé lorsque Kim et ses sœurs ont commencé à porter des tresses collées au crâne (que personnellement j’appelle tresses africaines). On a assisté à une multiplication de tutoriels sur comment reproduire « les tresses de Kim Kardashian », c’était devenu la coiffure à faire absolument. Or, ces tresses ont toujours fait partie de la culture africaine, les afro-américains l’ont souligné en mettant en avant que lorsque ce sont eux qui portent ces tresses cela fait tribal/sauvage mais lorsque que les Kardashian le font c’est tout de suite tendance et c’est ce qu’ils ont appelé de l’appropriation culturelle. Cette longue introduction pour vous dire que dès lors, j’ai été interpellée par la force de ce qu’était cet acte qui peut paraître anodin pour la plupart d’entre nous mais qui est, finalement, très courant dans notre société de consommation. Récupérer une partie d’une culture pour en faire un produit de mass-market au dépit même de la population qui porte l’héritage de celle-ci est très commun.

appropriation culturelle

Tout d’abord, afin que tout le monde comprenne de quoi je parle, petite définition de ce qu’est l’appropriation culturelle. Cela désigne l’utilisation d’éléments culturels appartenant à une culture par des individus d’une autre culture. Mais ça, vous l’aurez compris. Le plus compliqué réside dans le fait qu’il y ait une notion de culture « dominante » (en général la culture occidentale) qui s’approprie des signes distinctifs d’une identité minoritaire. Je ne vais pas m’étaler sur les actes comme le black-face ou comme le fait de se déguiser en natifs-américain/asiatique/arabe/noir (rayer les mentions inutiles) car à mon sens, ces choses-là relève d’un racisme – parfois inconscient – qui me dégoute profondément. Je ne vais pas non plus parler de cette propension qu’ont les grandes marques à aimer utiliser les symboles et l’exotisme d’autres pays sans pour autant donner leur chance aux personnes qui viennent de ces mêmes pays. Non, aujourd’hui nous allons nous concentrer sur l’utilisation de signes, d’objets, de motifs culturelles différents par des marques de mass-market au détriment de producteurs locaux talentueux qui se transmettent un héritage depuis des générations ». Oh et d’un point de vue strictement personnel, étant de culture marocaine, je vois fleurir ici et là des tapis « berbères », des coussins et couverture « handira » et des paniers « marocains », tous étant produits bien évidemment loin, très loin du Maroc. Chose qui, je l’avoue, a le don de me faire grincer des dents. Pour cet article, je m’associe au e-shop responsable Natifs pour vous démontrer l’importance de la préservation des savoir-faire des cultures du monde.

Alors peut-être qu’à ce stade vous vous demandez qu’est-ce que cela à avoir avec un mode de vie plus naturelle, plus slow et écolo ? Et bien cela a tout à voir. Plusieurs fois, je vous ai expliqué pourquoi il était nécessaire de valoriser les petits producteurs et artisans français, voire locaux, au quotidien (lire mon article sur comment mieux consommer quotidiennement). Et bien ici c’est sensiblement la même chose. Parce que je ne suis pas pour une consommation composée uniquement de produits made in France. Et, que j’estime que notre argent peut aider des populations à prospérer si celui-ci est bien distribué, et bien j’applique la même chose que dans mon quotidien : préférer les artisans et producteurs locaux et les valoriser, grâce au commerce équitable notamment.

C’est vrai, aujourd’hui nous nous mélangeons tous, les cultures s’influencent les unes, les autres, mais il n’en est pas moins important de sauvegarder les héritages ethniques de chaque peuple et leur singularité. Dans un monde où tout ce que l’on consomme est fabriqué par une machine et où tout est absolument mercantile, il est primordial de prendre du recul et de considérer le travail de ces artisans. Puisque l’idée n’est pas de récupérer/voler/s’approprier un savoir-faire, un motif ou même une coiffure mais de valoriser et de consommer, lorsque c’est possible, auprès de ces peuples qui en sont « parents ». Si l’appropriation culturelle dérange c’est qu’elle écrase et prend sans considérations, sans reconnaissances, sans explications. Seulement, lorsque l’on prend on doit donner en retour, et c’est comme ça qu’à lieu l’échange. Au lieu de cela des copies industrielles sont encensés aux dépends de vrais objets de valeurs, qui eux sont vu comme du « folklore » et qui sont même parfois décriés. On aime l’esthétique mais on se fout de la richesse et de la signification que portent ces objets.

natifs

Et puis il faut comprendre qu’une raréfaction des achats auprès des artisans locaux due à une concurrence bon marché est très peu engageant pour les générations qui suivent. La transmission du savoir-faire devient de plus en plus minime jusqu’à ne plus exister. Heureusement de plus en plus d’alternatives et de plateformes qui mettent en relation les artisans du monde et les consommateurs naissent. L’e-shop éthique et responsable Natifs en est un. Fondé par Magali et Benjamin, un couple de baroudeurs qui, après avoir exploré une belle partie du monde, s’est posé la question de la légitimé des biens qu’ils consommaient. Eux aussi ont compris que nous avions la chance de disposer de notre argent comme nous le souhaitions et que celui-ci pouvait changer les choses et avoir un impact positif.

En 2015, Natifs est né avec pour principaux objectifs de donner une voix à ces artisans tout autour du monde, de valoriser et sauvegarder leurs savoir-faire et de, tout simplement, changer le monde et en faire un endroit meilleur. La sélection est pointue et vient du monde entier, de l’Inde au Guatemala en passant par le Kenya. Chaque accessoire répond à au moins un des critères de leur définition de l’éthique : issu du commerce équitable, fabriqué à la main, zéro déchet, fait à partir de matériaux recyclés ou soutenant un projet social. D’ailleurs sur chaque fiche produit vous verrez quels sont les critères que l’accessoire rempli. Parmi les projets sociaux défendu par les différentes coopératives avec lesquels travaillent Natifs on retrouve la lutte contre le trafic d’humain et l’esclavage, la sauvegarde des traditions, la capacitation des femmes, l’employabilité ou encore la protection de l’environnement.

appropriation culturelleChaque objet raconte son histoire, et on peut même, si on a envie d’en savoir plus, « aller à la rencontre » du peuple dont il est issu sur une page qui lui est dédié. C’est comme ça qu’ils prennent le contrepied de toute cette appropriation culturelle qui inonde nos boutiques : ils valorisent. Et comme si cela ne suffisait pas, pour contrebalancer leurs émissions de CO2 dû aux distances parcourus par leurs produits, pour chaque article vendu, un arbre est planté. En tout objectivité, c’est ce genre d’entreprises et d’initiatives qui me fait croire que tout n’est pas perdu et que les choses bougent.
appropriation culturelle

J’ai un énorme respect pour le travail monumental que font Magali et Benjamin et pour les valeurs positives, engagées et universelles qu’ils partagent. C’est une marque que je suis depuis des années et je prends grand plaisir à la voir grandir et évoluer, à voir les références se multiplier sans jamais en faire trop car être éthique c’est aussi être raisonné. Et je suis vraiment heureuse de pouvoir vous les présenter aujourd’hui. À l’occasion de cet article, ils m’ont généreusement envoyé un sac à dos en Huilpil que je trouve absolument magnifique. En le choisissant, j’ai pu découvrir qu’il a été entièrement réalisé à la main par une femme guatémaltèque. Les symboles apposés sont propres à son ethnie et je trouve que cela donne une valeur incroyable à cet objet.

J’espère vous avoir donné l’envie de vous ouvrir à une consommation de l’échange. Une consommation qui va à l’encontre de l’appropriation culturelle et du danger qu’elle représente pour des savoir-faire ancestraux. Une consommation plus positive et plus responsable. Et n’oubliez pas que le secret pour pouvoir porter ces valeurs est d’acheter moins mais mieux.

Aviez-vous déjà entendu parler d’appropriation culturelle ? La sauvegarde et la valorisation des savoir-faire sont-elles importante pour vous?

 

*article sponsorisé pour Natifs

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5 Commentaires

  • Marie E.

    Merci pour cet article ! Je n’avais jamais entendu ce terme, bien que la définition me parle beaucoup. Les mots et les termes que tu utilisent sont tellement percutants et pertinents, tout le monde devrait en être sensible après lecture.
    Pour ce qui est du travail de Magali et Benjamin, je ne sais pas s’ils passeront pas là, mais ils ont toute mon admiration et ma reconnaissance. Merci !
    À bientôt,

    24/01/2018 at 10:00 Répondre
  • Emeline

    Coucouuuu ! Alors là je t’avoue que je ne connais pas du tout ce terme, mais tu fais bien de le souligner en effet car c’est vraiment courant.. je n’ai pas d’exemples qui me vient spontanément mais oui!
    Merci pour le découverte de ce shop que je ne connaissais pas 🙂
    Bisous !

    24/01/2018 at 14:09 Répondre
  • Johanne Dagenais

    C’est un article très intéressant qui offre un autre angle à ce qu’est l’appropriation culturelle. Merci!

    24/01/2018 at 17:58 Répondre
  • Melgane

    Sur les tresses de Kim Kardashian je ne suis pas sûre que ça soit vraiment de l’appropriation culturelle dans le sens où… comment dire… oui, le fait que tout à coup quand KK en porte c’est super alors que quand ce sont des personnes noires c’est négligé, ça craint, y’a un problème très clairement. Mais en fait si des gens ont fait des tutos pour avoir des “tresses comme Kim” c’est plus de la com’ : Kim elle fait vendre !

    Maintenant c’est clair que sauvegarder les savoir-faires locaux c’est mieux ! Mais c’est aussi plus cher en fin de production : or les consommateurs, dans la guerre de prix actuelle, ne veut pas toujours payer plus cher ! Donc les paniers en osier on les achète à Carrefour plutôt que chez un osiériculteur-vannier, parce qu’à Carrefour c’est même pas 10€ le grand panier quand c’est un vannier c’est cinq fois plus. Donc là encore le grand thème de l’appropriation culturelle (parce oui, le côté culture dominante c’est pas cool, mais en vrai y’a toujours eu des mélanges de culture ! mais c’est vrai que l’appropriation culturelle c’est pas un mélange sain dans le sens où ça prend un élément en le mettant en valeur, mais on met pas en valeur la culture d’origine, enfin bref) est mélangé et presque étouffé par autre chose : des considérations économiques et de consommation : la mode est au “marocain” ? Très bien, alors on vend des trucs “typés marocains” et voilà… mais le même truc, dans deux ans, aura pris le nom d’un autre pays ou d’une autre culture, parce qu’il faut vendre.

    25/01/2018 at 19:11 Répondre
  • Isaure la Perruche

    Ah ais génial ce concept créé par Natif !! Je lis de plus en plus de choses sur l’appropriation culturelle, du style Ushuaia qui reprend les Geishas pour créer des produits etc.

    Encore une fois, je pense que pour les grands groupes changent leur facon de fonctionner, il faut que l’on soit vigilant et que l’on devienne consommaCteur… On ne peut rien attendre de nos Ministères de la culture et de nos médias traditionnaux, alors merci de toujours mettre en avant ces petites choses – et ces grandes choses – du quotidien !

    Bon dimanche 🙂

    28/01/2018 at 12:10 Répondre
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